Comparer les médias sur un même sujet, c'est placer côte à côte les titres de journaux de bords différents qui traitent le même événement. On relève ensuite ce qui change : les mots, les chiffres, les personnes citées, ce qui manque. La méthode tient en quatre étapes. Le Curseur se charge de la plus longue : réunir les titres.
Pourquoi comparer par sujet plutôt que par média
Savoir qu'un journal est classé à gauche ou à droite donne un repère général. Mais cette étiquette ne dit pas comment il traite un événement précis. Un quotidien de droite peut consacrer sa une à un plan social. Un journal de gauche peut titrer sobrement sur une réforme qu'il critique ensuite dans ses pages. C'est en comparant sur un même sujet qu'on voit comment chacun présente réellement les faits.
Étape 1 : choisir un sujet comparable
Tous les sujets ne se prêtent pas à la comparaison. Les plus parlants sont :
- datés et précis : un vote à l'Assemblée nationale, une décision de justice, de nouveaux chiffres de l'Insee, une annonce du gouvernement ;
- couverts par plusieurs bords : sans titres de gauche, du centre et de droite, il n'y a rien à comparer ;
- récents : le jour même, tous les médias réagissent au même fait, avec les mêmes informations.
Dans Le Curseur, les pastilles de chaque sujet indiquent combien de titres viennent de chaque bord. Un sujet qui a des pastilles sur les trois bords est un bon choix.
Étape 2 : réunir au moins un titre par bord
Il faut au minimum trois titres : un de gauche, un du centre, un de droite. L'idéal est d'en avoir deux par bord, pour ne pas confondre la ligne d'un journal avec celle de tout un camp.
À la main, c'est l'étape la plus longue : il faut chercher le sujet sur chaque site. Dans le fil, un clic sur le sujet affiche tous les titres groupés par bord, et « Comparer les titres sur une page » les aligne. Les 27 sources vont de L'Humanité au JDD, en passant par Le Monde, Libération, La Croix, Le Figaro, CNews et RFI.
Étape 3 : remplir une grille de comparaison
Pour ne pas en rester à des impressions, notez les mêmes éléments pour chaque titre. Une grille simple suffit :
| Élément à relever | Question à se poser |
|---|---|
| Sujet de la phrase | Qui agit dans le titre : le gouvernement, les opposants, les citoyens ? |
| Verbe | Le verbe est-il neutre (« annonce », « adopte ») ou chargé (« impose », « recule ») ? |
| Chiffre | Quel chiffre est mis en avant, et lequel est absent ? |
| Personne citée | Qui parle entre guillemets : un ministre, un syndicat, un expert, un témoin ? |
| Angle | Économique, social, sécuritaire, institutionnel, humain ? |
| Ton | Ponctuation, point d'interrogation, guillemets ironiques ? |
Remplie pour six titres, cette grille fait ressortir des tendances nettes en quelques minutes. Il ne s'agit pas de dire si un titre est « vrai » ou « faux », mais de décrire des choix.
Étape 4 : regarder ce qui manque
La comparaison ne porte pas seulement sur ce qui est écrit. Deux absences méritent d'être notées :
- les médias qui ne traitent pas le sujet : quand tout un bord reste silencieux, cela renseigne sur ses priorités ;
- les sujets traités par un seul bord : c'est ce que signale l'indicateur « Angle mort » de Le Curseur.
Dans les deux cas, demandez-vous ce que verrait un lecteur qui ne lit qu'un seul camp.
Un exercice de 45 minutes pour la classe ou le TD
La méthode devient facilement une séance d'éducation aux médias et à l'information, au lycée comme en école de journalisme :
- 10 minutes : observer. Projetez le fil en mode « Équilibré ». Les élèves choisissent un sujet couvert par les trois bords.
- 15 minutes : relever. Par groupes, ils ouvrent « Comparer les titres sur une page » et remplissent la grille pour deux titres par bord.
- 15 minutes : mettre en commun. Chaque groupe présente un écart marquant : un verbe, un chiffre, une personne qu'on n'entend pas.
- 5 minutes : angle mort. On finit sur un sujet couvert par un seul bord et on discute des raisons possibles.
Les élèves n'ont pas de compte à créer : la page s'ouvre directement dans un navigateur.
Ce que la méthode apporte au quotidien
Après quelques comparaisons, les réflexes viennent tout seuls. On remarque le verbe d'un titre, la source d'un chiffre, la personne qu'on n'entend pas. C'est la compétence que vise l'éducation aux médias. Elle est aussi utile au lecteur curieux qu'au futur journaliste.