Libération est un quotidien de gauche. Né dans l'extrême gauche des années 1970, il défend aujourd'hui une gauche progressiste et sociale-démocrate, très engagée sur l'écologie, les questions de société et la lutte contre l'extrême droite. Les classements de presse le placent à gauche, et le journal assume cette identité. Voici comment sa ligne s'est construite et comment la lire dans ses titres.
1973 : un journal né de l'après-Mai 68
Libération paraît en avril 1973. Jean-Paul Sartre en est le premier directeur de la publication, et le projet est porté par des militants issus de la mouvance maoïste, dont Serge July. Le journal veut alors donner la parole au peuple. Il fonctionne sans publicité et avec un salaire unique pour tous.
Au début des années 1980, Libération se transforme en quotidien professionnel. Il accepte la publicité, s'ouvre à des actionnaires et adopte une ligne de gauche réformiste. Serge July le dirige jusqu'en 2006.
Des actionnaires successifs
- 2005 : Édouard de Rothschild entre au capital.
- 2014 : Patrick Drahi (groupe Altice) devient l'actionnaire principal.
- 2020 : le journal est transféré à un fonds de dotation, Presse indépendante, pour séparer sa gestion des intérêts de l'actionnaire. Dov Alfon prend la direction de la rédaction la même année.
Aucun de ces actionnaires n'a modifié l'ancrage à gauche du journal, qui fait partie de son identité de marque et des attentes de ses lecteurs.
Où se lit la ligne de Libération
- La une : une grande photo et un titre court, souvent un jeu de mots. C'est l'endroit où le journal prend le plus clairement position.
- Les éditoriaux : appels à faire barrage à l'extrême droite lors des scrutins décisifs, défense des services publics, des droits des minorités et de l'accueil des migrants.
- Les sujets suivis : climat, féminisme, droits LGBT+, conditions de travail, violences policières, culture. La place accordée à ces thèmes signale son orientation autant que les éditoriaux.
- CheckNews : ce service répond aux questions des lecteurs et vérifie des informations qui circulent. Il travaille selon des méthodes de fact-checking, avec un choix de sujets marqué par les préoccupations de la rédaction.
Libération face aux autres journaux de gauche
À gauche, les médias ont des nuances différentes :
- L'Humanité, fondé par Jean Jaurès en 1904 et historiquement lié au Parti communiste, porte une gauche plus radicale sur les questions économiques et sociales.
- Le Monde, généralement classé au centre gauche, a un ton plus institutionnel et des positions économiques plus modérées.
- Libération se situe entre les deux : progressiste sur la société, plus réformiste que révolutionnaire sur l'économie, et critique de toutes les forces au pouvoir, y compris à gauche.
Des lecteurs de gauche radicale lui reprochent d'être trop modéré, tandis qu'à droite on le décrit comme militant. Ces deux critiques confirment sa position : une gauche de gouvernement exigeante plutôt qu'une gauche de rupture.
Exercice : un même fait, trois titres
Prenez une manifestation qui se termine par des heurts. Selon le journal, le titre mettra l'accent sur :
- Libération : le nombre de manifestants, leurs revendications ou les conditions du maintien de l'ordre ;
- Le Figaro ou CNews : les dégradations, les interpellations et la réponse de l'État ;
- Le Parisien : le déroulé de la journée et les conséquences pratiques, comme la circulation, les commerces ou les transports.
Les trois titres peuvent être exacts. Ce qui change, c'est l'information choisie pour ouvrir l'article. Ce choix éditorial est la meilleure façon de comprendre où se situe un journal.
Comparer Libération aux autres bords avec Le Curseur
Le Curseur réunit les titres de 27 médias français classés à gauche, au centre ou à droite, dont Libération, L'Humanité, Le Monde, Le Figaro et CNews. Les articles sur un même sujet sont regroupés avec un décompte par bord, par exemple « 3 gauche · 4 centre · 5 droite ». Un clic sur le dépliage du sujet affiche toutes les formulations. L'indicateur « Angle mort » met en évidence les sujets traités par la seule presse de gauche, ou par la seule presse de droite.