Une grande partie des médias français appartient à une poignée de groupes industriels et de grandes fortunes : la famille Bolloré (CNews, Europe 1, Le JDD, Canal+), Bernard Arnault via LVMH (Le Parisien, Les Echos, Paris Match), la famille Dassault (Le Figaro), Rodolphe Saadé via CMA CGM (BFMTV, RMC, La Provence), Xavier Niel (Le Monde), Bouygues (TF1, LCI) et François Pinault (Le Point). À côté, il existe un service public important et plusieurs titres indépendants.
Les grands groupes privés
| Propriétaire | Activité principale | Médias détenus (principaux) | |---|---|---| | Famille Bolloré | Logistique, médias, communication | Canal+, CNews, Europe 1, Le JDD | | Bernard Arnault (LVMH) | Luxe | Le Parisien / Aujourd'hui en France, Les Echos, Radio Classique, Paris Match | | Famille Dassault | Aéronautique, défense | Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro | | Rodolphe Saadé (CMA CGM) | Transport maritime | BFMTV, RMC, BFM Business, La Provence, La Tribune, Corse-Matin | | Xavier Niel | Télécoms (Iliad, Free) | Le Monde, Télérama, Courrier international, L'Obs (via le Groupe Le Monde), Nice-Matin | | Bouygues | BTP, télécoms | TF1, LCI, TMC | | François Pinault (Artémis) | Luxe | Le Point | | Daniel Křetínský (CMI France) | Énergie | Marianne, Franc-Tireur |
Deux mouvements récents ont redessiné ce paysage. En 2023, l'arrivée du groupe Bolloré chez Lagardère a fait entrer Europe 1 et Le JDD dans sa galaxie. En 2024, CMA CGM a racheté BFMTV et RMC à Altice (Patrick Drahi), et LVMH a repris Paris Match.
Le service public
L'audiovisuel public est financé par l'État et soumis à des obligations de pluralisme :
- France Télévisions : France 2, France 3, France 4, France 5, franceinfo (télé) ;
- Radio France : France Inter, franceinfo, France Culture, France Musique, ici (ex-France Bleu) ;
- France Médias Monde : RFI, France 24, Monte Carlo Doualiya ;
- Arte et l'INA.
Ses dirigeants sont nommés par l'Arcom, pas par un actionnaire privé.
Les médias indépendants des grands groupes
Plusieurs titres ont choisi des structures qui les protègent d'un rachat :
- Mediapart appartient depuis 2019 au Fonds pour une presse libre, un fonds de dotation qui interdit sa revente.
- Libération est contrôlé depuis 2020 par un fonds de dotation créé lors du retrait de Patrick Drahi.
- La Croix appartient au groupe Bayard, propriété de la congrégation des Augustins de l'Assomption.
- Ouest-France, premier quotidien français en diffusion, est détenu par une association à but non lucratif.
- L'Humanité, historiquement lié au Parti communiste, s'appuie largement sur le soutien de ses lecteurs.
La presse régionale a aussi ses groupes : EBRA (Crédit Mutuel) pour Le Progrès, Le Dauphiné libéré ou L'Est républicain, le groupe Sud Ouest, ou La Dépêche du Midi (famille Baylet).
Pourquoi l'actionnaire compte, et pourquoi il ne dit pas tout
Un propriétaire ne rédige pas les articles, mais il nomme la direction, fixe les budgets et peut orienter la ligne. Deux épisodes l'illustrent :
- iTélé, 2016 : après l'arrivée de Vincent Bolloré, la rédaction a fait 31 jours de grève. La chaîne est devenue CNews en 2017 avec une ligne nettement différente.
- Le JDD, 2023 : la nomination de Geoffroy Lejeune a déclenché une grève de 40 jours, la plus longue de l'histoire de l'hebdomadaire, avant le départ d'une grande partie des journalistes.
À l'inverse, la propriété ne suffit pas à prédire le contenu. Le Monde, détenu par un milliardaire des télécoms, est classé au centre-gauche. Les Echos, propriété de LVMH, ont une ligne économique libérale mais publient régulièrement des enquêtes sur les grandes entreprises. L'actionnariat donne un contexte, à compléter par l'analyse du contenu (voir notre grille pour savoir si un média est biaisé).
Les garde-fous existants
- La loi du 1er août 1986 interdit à un même groupe de dépasser 30 % de la diffusion totale des quotidiens d'information politique et générale.
- La loi Bloche (2016) a créé dans les chaînes de télé et de radio des comités chargés de veiller à l'honnêteté, à l'indépendance et au pluralisme de l'information.
- Les pôles d'indépendance, comme celui du Monde qui rassemble journalistes et lecteurs, disposent d'un droit d'agrément sur l'arrivée de nouveaux actionnaires.
- Les chartes éthiques signées entre rédactions et propriétaires.
La concentration reste un sujet de débat public : une commission d'enquête du Sénat y a consacré un rapport en 2022, et les États généraux de l'information ont rendu leurs propositions en septembre 2024.
Comment utiliser cette information en tant que lecteur
- Quand un média couvre son propriétaire (un contrat de défense dans Le Figaro, le luxe dans Les Echos), lisez aussi un média qui n'a pas de lien avec le groupe.
- Variez les propriétaires, pas seulement les titres : lire Le Parisien et Les Echos, c'est lire deux médias du même groupe.
- Comparez les cadrages sur un même sujet. Sur Le Curseur, les titres de 27 médias de propriétaires et de bords différents sont regroupés par sujet, avec un bouton « Comparer les titres » pour les voir côte à côte.
Pour situer chaque titre sur l'axe politique, consultez notre carte des médias français.