BFMTV n'est ni une chaîne de gauche ni une chaîne de droite au sens militant : elle est généralement classée au centre, avec une ligne généraliste d'information en continu, centrée sur le direct, l'événement et les plateaux de débat. Elle reçoit des critiques des deux bords : la gauche lui reproche un traitement favorable au pouvoir et à l'économie de marché, la droite et l'électorat populiste la jugent « mainstream » et proche des élites. Pour bien la situer, il faut regarder sa ligne, ses actionnaires et sa place face à CNews.
Une chaîne d'info en continu née en 2005
BFMTV est lancée le 28 novembre 2005 par Alain Weill au sein du groupe NextRadioTV, qui possède aussi RMC et BFM Business. Le modèle s'inspire des chaînes américaines : direct permanent, bandeaux « alerte info », duplex et éditions spéciales dès qu'un événement se produit.
Ce modèle a fait de BFMTV la première chaîne d'info de France pendant plus de quinze ans. Sa priorité éditoriale n'est pas l'opinion mais la réactivité : être la première à l'antenne sur un attentat, une manifestation, une crise politique.
Les actionnaires successifs
| Période | Propriétaire | Profil | |---|---|---| | 2005-2015 | NextRadioTV (Alain Weill) | Groupe indépendant, médias d'info et d'économie | | 2015-2024 | Altice (Patrick Drahi) | Groupe télécoms (SFR) | | Depuis 2024 | CMA CGM (Rodolphe Saadé) | Armateur, également propriétaire de *La Provence* |
Aucun de ces actionnaires n'est associé à un projet éditorial partisan déclaré, contrairement au groupe Bolloré avec CNews ou Le JDD. Le rachat par CMA CGM en 2024 a toutefois relancé le débat sur la concentration des médias entre les mains de grands groupes industriels.
Pourquoi la gauche la critique
- Le surnom « BFM-Macron », apparu pendant la campagne de 2017, quand la chaîne a été accusée d'accorder une couverture très large à Emmanuel Macron.
- Le traitement des mouvements sociaux : place donnée aux images de violences lors des manifestations, plutôt qu'aux revendications.
- Les invités économiques, jugés favorables aux entreprises et aux réformes libérales (retraites, assurance chômage).
Pourquoi la droite la critique aussi
- Le mouvement des gilets jaunes (2018-2019) a vu de nombreux manifestants s'en prendre aux équipes de BFMTV, perçue comme la chaîne des élites parisiennes.
- Une partie de la droite lui reproche de minimiser les questions d'insécurité et d'immigration, et de traiter le RN avec moins de bienveillance que les partis de gouvernement.
- La comparaison avec CNews : pour les téléspectateurs qui ont migré vers CNews, BFMTV incarne un traitement « politiquement correct ».
Cette double critique est un indice classique d'un positionnement central ou institutionnel, même si elle ne prouve pas à elle seule une neutralité.
BFMTV face à CNews
La rivalité entre les deux chaînes structure le paysage de l'info en continu. En mai 2024, CNews dépasse BFMTV en part d'audience mensuelle pour la première fois selon Médiamétrie. La différence de ligne est nette :
- BFMTV : priorité au direct et au reportage, débats avec des invités de plusieurs bords, peu d'éditorialistes à ligne affirmée.
- CNews : priorité aux émissions de débat avec chroniqueurs réguliers, ligne de droite assumée sur la sécurité et l'immigration.
Regarder les deux chaînes sur un même événement est l'un des exercices les plus parlants pour comprendre ce qu'est un cadrage éditorial.
Comment situer BFMTV vous-même
Trois tests simples, à faire sur une semaine :
- Les invités politiques : notez de quel parti viennent les invités des matinales et des soirées. Un équilibre approximatif indique une ligne centrale.
- Les bandeaux : relevez les mots employés (« réforme », « casse », « émeutes », « révolte ») sur un même sujet.
- L'ordre des sujets : la question qui ouvre le journal de 20 h en dit souvent plus que le ton des commentaires.
Pour aller plus vite, comparez directement les titres de plusieurs rédactions sur un même événement. Le Curseur regroupe les titres de 27 médias français, classés gauche, centre et droite, et affiche pour chaque sujet combien de sources de chaque bord en parlent.